
Voilà un questionnement que de nombreuses personnes que j’accompagne en cabinet, appréhendent en phase de rendez-vous découverte.
Pas de faux semblant, le choix de l’approche est fonction du milieu auquel appartiennent les clients, l’un des termes est à la mode, l’autre peut être perçu comme suspect. Si vous êtes manager ou consultant dans le monde des start up, scale up ou grandes boites françaises, c’est sain d’avoir recours à un coach pour faire face à une situation professionnelle difficile. Si vous êtes travailleur social, il est de bon ton qu’en plus de votre supervision, vous alliez faire un tour chez le psy pour éclairer vos zones d’ombre !
On consulte les premières fois un psy, un coach comme on entre dans un confessionnal ou dans un cabinet médical. Avec l’espoir de trouver explications, solutions, réparations chez les premiers ou diagnostic, traitement, élimination des symptômes grâce au savoir du médecin.
C’est d’ailleurs souvent une demande non consciente.
Le coaching c’est quoi ?
Au risque de décevoir certain-es, le coaching est à mes yeux simplement un mix entre le coaching sportif et la thérapie ! C’est à la fois un espace de création qui vous aide à réussir votre marathon, avec la définition d’objectifs précis, avec quelqu’un qui croit en vous, co construit avec vous un programme et plans d’actions à suivre, ET un espace de soutien quand la solitude est trop forte, et que la vie est dure.
Quelle différence avec la thérapie ?
Ce sont principalement les modalités du cadre et de la pratique du professionnel qui diffèrent. Dans les deux cas de figures, l’immense majorité des talents désireux de se faire accompagner arrivent en consultation avec la même demande : « J’ai envie d’aller mieux ».
La frontière entre les deux disciplines dépend d’au moins trois critères :
#1. La précision de la demande
Si la thérapie permet d’aborder en profondeur l‘état de ses racines (relations familiales, patterns psychologiques à l’œuvre), le coaching oscille davantage entre deux mouvements – introspections existentielles avec focus particulier sur le but atteindre et mises en actions fréquentes.
Une problématique en lien par exemple avec une accélération de prise de poste ou de souffrance au travail est davantage adaptée au coaching. A contrario, un sujet autour d’une séparation, une dépendance, un deuil, un stress chronique ou un état angoissé, s’apparente davantage à de la thérapie. Reste à regarder quelle place occupe le travail dans tout ça ?!
Il est fréquent d’observer un rapport au travail inadapté, contaminant la sphère personnelle et y générant des conséquences destructrices.
Au départ, la demande – mis à part aller mieux – n’est pas forcément très claire et aboutie. Toute une partie du travail sera donc de défricher cette demande, lui donner du sens et l’engager vers une finalité plus précise.
#2. Le cadre pratique
En thérapie, le cadre est à la fois plus souple et plus contraignant. Plus souple du fait de l’absence de contractualisation propre à l’élaboration d’objectifs précis.
Le temps est donc plus long et les possibilités d’exploration sur soi sont naturellement plus approfondies.
Plus contraignant dans un même temps, dans la mesure où nous ne savons pas forcément « où on va » pour s’ouvrir à d’autres possibles. L’expérimentation peut prendre une tournure parfois floue, car elle ne s’inscrit pas de manière explicite dans une formalisation visuelle, tangible, et donc pour certains types de personnalités, cela peut causer un certain inconfort ou un sentiment de lassitude à terme.
En coaching, la durée du parcours est clairement définie et posée au départ. Le rythme des séances est régulier avec différents paliers, et cela peut parfois être vécu comme une sensation de vitesse déstabilisante pour le-a client-e qui en bénéficie. C’est la responsabilité du professionnel et du client d’accompagner ce rythme pour l’adapter et le rendre « digeste ».
#3 La posture du professionnel de la relation
Il y a 1000 manières d’aborder chacune des deux sciences.
Chaque accompagnant a son propre style et il peut être utile de prendre le temps de questionner son approche au démarrage afin de vous permettre de mieux vous projeter dans le processus et trouver des réponses à ce que vous venez plus exactement chercher dans les fondations d’un parcours de transformation.
A titre d’exemple, je suis une fervente praticienne de la Gestalt, à la fois comme approche théorique, méthode et outil pratique que je mets à disposition de tous mes accompagnements. Ce que j’apprécie particulièrement avec cette méthode, c’est sa dimension holistique, le travail centré sur les émotions, et l’effet miroir auquel elle donne accès.
Nous ne sommes pas qu’un cerveau ! Pour celles et ceux qui sont encore là, à la lecture de cet article 😉… C’est en explorant les dimensions corporelles, émotionnelles, et mentales (dont l’imaginaire), que nous allons pouvoir mieux saisir ce qu’il se passe pour nous, dans une situation donnée. Car ces dimensions sont intimement liées et interagissent en permanence.
Ensuite, au niveau de la posture, j’aime mettre à disposition des talents que j’accompagne, une pluralité de modèles différents – coaching thérapeutique, conseil, formation sur un outil de psychologie sociale, mentoring. Je me place au service du besoin et degré d’autonomie de la personne. Je partage le champ des possibles de manière transparente en séance diagnostic, et la personne choisit si ce mode de fonctionnement lui convient. Nous pouvons ensuite nous sentir libres de naviguer à l’intérieur du cadre parce qu’il a été clairement posé au départ.
Point de vigilance : La tentation est grande pour le bénéficiaire de systématiquement venir chercher des conseils et/ou des solutions toutes prêtes. Et il appartient au professionnel de savoir trouver le bon dosage dans ce jeu des postures en veillant chaque fois à éviter les transferts, dans un souci de ne pas être dommageable, et créer une dépendance trop importante.
Ce jeu des variations de postures n’est-il pas schizophrène ? C’est une question que je me pose régulièrement.
La meilleure réponse que j’ai trouvé à cette question, c’est que ce sont nos interactions qui donnent essentiellement une couleur à la rencontre.
Si l’autonomie de mon talent doit passer par une étape régressive, le « parent-coach ou parent-thérapeute » sera celui qui mettra en place les conditions de l’apprentissage, non pas celui qui donne un conseil ou un « avis parental ».
La solution pour trancher ?
- Comprendre les spécificités des deux sciences et choisir l’option la plus adaptée à son besoin…
- Être au clair sur ce que l’on cherche à faire avec le processus. Quelles sont mes attentes ? Ai-je besoin de percer mes mystères ? Soigner un trouble psychologique ? Ai-je besoin de me remettre en action vers l’atteinte d’un but précis ? Est-ce tout cela à la fois ? Qu’est ce qui prend le pas dans l’ici et maintenant de ma situation ?
Conclusion
En synthèse, des passerelles existent entre les deux disciplines, elles peuvent être perçues comme complémentaires dans le regard des uns et fondamentalement différentes aux yeux des autres. Ne sont-elles pas complémentaires et connectées après tout ?
Si le coaching n’est pas fondamentalement de la thérapie, il a bel et bien des vertus thérapeutiques ! Le coaching pourrait s’apparenter à « l’artisanat de la nouveauté» quand la thérapie ressemble plutôt à « l’artisanat de sa propre histoire« .
Les deux approches tentent l’expérience du « vide fertile » pour faire émerger les besoins tous-terrains qui nous animent et une nouvelle ligne directrice.
Au delà de tous ces enjeux techniques et pratico pratiques, la question de la rencontre est clé dans le choix et la nature du dispositif d’accompagnement. Sans alliance thérapeutique entre les parties, pas de processus de transformation à la clé.
Comme le décrit si bien André Lamy, il y a cet espace d’inter-action de l’un ET l’autre. Cet endroit où quelque chose nous échappe et où justement « ça » prend ou « ça » meurt.
Cette alchimie est absolument vitale pour faciliter la quête vers l’individualité et l’épanouissement.